Cthylla est une entité postérieure à Lovecraft, présentée comme la fille de Cthulhu : un Grand Ancien céphalopode gardé caché dans le Mythe élargi, destinée à assurer la renaissance et la perpétuation cosmique de son père.

Nul ne sait exactement quand les premiers hommes murmurèrent le nom de Cthylla, seulement que ce nom voyagea comme une ombre, glissant entre les marges de vieux grimoires apocryphes et les notes anonymes de chercheurs devenus fous. Dans certaines traditions occultes, elle n’est qu’un écho, une hypothèse sacrileg̀e : si Cthulhu devait renaître, ne lui faudrait-il pas une descendance ? Dans d’autres, plus rares, sa forme est décrite, son culte évoqué, puis aussitôt tu. Ainsi se tisse la légende de Cthylla, fille de Cthulhu, créature absente des textes de Lovecraft mais solidement ancrée dans le Mythe élargi, comme une graine d’horreur cosmique qui n’attend que son heure.
Cthylla, fille de Cthulhu : origine et place dans le Mythe élargi de Lovecraft

Cthylla dans le mythe de Cthulhu : création, premières apparitions et statut de Grand Ancien
Cthylla n’apparaît dans aucun texte de H.P. Lovecraft lui-même : elle est une création postérieure attribuée à Brian Lumley, dans le cadre de son cycle de Titus Crow, développé à partir des années 1970. La figure de Cthylla comme fille de Cthulhu est ensuite reprise et précisée par d’autres auteurs du Mythe élargi, notamment dans la nouvelle « Cthylla » de Steve Jones (années 1980). Lovecraft n’a donc jamais nommé Cthylla, mais son existence s’inscrit dans la tradition des collaborateurs et continuateurs du Mythe.
Dans le Mythe élargi, Cthylla est généralement classée parmi les Grands Anciens, même si ce statut repose sur les systématisations postérieures d’auteurs comme Derleth, ainsi que sur les encyclopédies spécialisées et les jeux de rôle, plutôt que sur un « canon » unique. Sa place exacte varie selon les auteurs qui la réutilisent ou la mentionnent. Là où Cthulhu domine les cauchemars humains par son sommeil à R’lyeh, Cthylla demeure cachée, gardée par des cultes plus restreints encore.
Différences entre Cthulhu et Cthylla : généalogie, pouvoirs, symbolique et héritage cosmique
Sur le plan généalogique, Cthulhu est un titan cosmique dont la parenté est seulement esquissée par Lovecraft, tandis que Cthylla lui est explicitement attribuée comme progéniture par les auteurs post-lovecraftiens. Là où Cthulhu incarne déjà un aboutissement monstrueux, Cthylla incarne la continuation, la promesse d’une lignée d’abominations à venir. Elle représente la persistance de l’horreur au-delà de la possible destruction de son père, comme une graine enfouie dans un futur inimaginable.
Symboliquement, Cthulhu est la figure centrale de l’horreur cosmique : l’humanité y découvre son insignifiance face à une entité sommeillant sous l’océan. Cthylla, elle, ajoute une dimension d’héritage et de reproduction cosmique, rappelant l’idée lovecraftienne résumée par le vers célèbre : « N’est pas mort ce qui à jamais dort, et au long des ères peut mourir même la mort. », et se perpétuer sous d’autres formes. Certains textes associés au Mythe élargi suggèrent que ses pouvoirs sont liés à la préservation des gènes et à la préparation d’un futur réveil, faisant d’elle non seulement un monstre, mais un mécanisme de survie de l’espèce des Grands Anciens.
Description de Cthylla : apparence, pouvoirs et culte dans le Mythe de Cthulhu

Apparence monstrueuse de Cthylla : tentacules, forme seiche et iconographie lovecraftienne
Les descriptions de Cthylla varient selon les œuvres dérivées, mais une constante se dégage : son apparence est souvent assimilée à une gigantesque seiche ou pieuvre monstrueuse, plus élancée et allongée que Cthulhu. Là où son « père » porte une tête de céphalopode sur un corps vaguement humanoïde, Cthylla est parfois représentée comme entièrement marine, ondulante, faite de chairs membraneuses et de tentacules multiples. Cette morphologie accentue sa proximité avec les profondeurs abyssales et un environnement océanique primitif.
Dans l’iconographie lovecraftienne contemporaine, Cthylla est souvent dotée d’yeux multiples, d’appendices sinueux et de masses chitineuses évoquant une seiche démesurée. Toutefois, il faut préciser qu’aucune description « canonique » ne fait l’unanimité, puisque Lovecraft ne l’a jamais décrite lui-même. Les artistes et écrivains s’inspirent donc du style général de ses créatures : formes hybrides, silhouettes indistinctes, contours flous, conformément à l’idée que « la chose ne pouvait être décrite » et que toute vision précise conduirait à la folie.
Pouvoirs de Cthylla et culte secret : prophéties, sectes, rituels et fin du monde
Les pouvoirs attribués à Cthylla dans le Mythe élargi sont, là encore, variables et souvent suggérés plutôt que détaillés. Elle est généralement associée à la capacité de survivre aux cycles cosmiques, de se reproduire ou de préserver l’essence de Cthulhu pour des ères futures. Certaines interprétations lui confèrent une influence onirique ou télépathique, dans le sillage des manifestations de Cthulhu décrites par Lovecraft dans « L’Appel de Cthulhu ». Mais il n’existe pas de liste officielle de pouvoirs, seulement des extrapolations inspirées.
Son culte est présenté comme plus restreint, plus secret encore que celui de Cthulhu, parfois limité à quelques sectes au sein même du culte cthulhien. Des rituels évoquent la protection de Cthylla, son maintien dans un état de latence, ou au contraire sa préparation pour une venue future, liée à des prophéties de fin du monde. À travers ce culte, la figure de Cthylla devient une sorte d’« assurance » cosmique : même si les plans immédiats de Cthulhu échouent, sa descendance assurerait, tôt ou tard, la submersion des étoiles sous une marée d’horreurs.
Cthylla dans le Mythe élargi : continuité, œuvres dérivées et influence sur la pop culture

Cthylla dans le Mythe élargi de Cthulhu : pastiches, auteurs post-lovecraftiens et canon officieux
Cthylla illustre parfaitement la manière dont le Mythe de Cthulhu s’est étendu après la mort de Lovecraft, par l’ajout d’êtres, de grimoires et de lignées imaginés par d’autres auteurs. Brian Lumley est le principal artisan de son introduction, mais d’autres écrivains liés au cercle lovecraftien élargi ont repris l’idée, plus ou moins fidèlement. Ces pastiches et expansions restent cependant officieux : aucun « canon » au sens strict n’existe pour le Mythe, seulement un ensemble de contributions plus ou moins acceptées par la communauté des lecteurs et des critiques.
Cette absence de canon figé fait de Cthylla une figure paradoxale : elle est relativement connue des amateurs, tout en restant absente des textes fondateurs de Lovecraft. Certains puristes la considèrent comme une excroissance tardive, d’autres comme un prolongement logique des thèmes lovecraftiens, notamment celui de la descendance monstrueuse et de la continuité cosmique. Dans tous les cas, Cthylla participe à l’impression que le Mythe est un corpus vivant, en perpétuelle recomposition, où de nouvelles horreurs peuvent toujours être ajoutées à l’ombre des anciennes.
Cthylla, fille de Cthulhu, dans les jeux, romans et adaptations : une horreur encore en gestation
La présence de Cthylla dans la pop culture reste plus discrète que celle de Cthulhu, mais elle est repérable dans certains jeux de rôle, jeux de cartes ou suppléments inspirés du Mythe. Des systèmes comme « Call of Cthulhu » ou des jeux de plateau dérivés mentionnent parfois Cthylla comme entité secondaire, scénario potentiel ou menace en arrière-plan. Cette utilisation parcimonieuse renforce son aura : elle demeure une horreur « en gestation », rarement mise au premier plan, comme si son heure n’était pas encore venue.
Dans la littérature et la bande dessinée, Cthylla apparaît épisodiquement, souvent comme référence obscure pour les connaisseurs, plutôt que comme antagoniste centrale. Sa nature de fille de Cthulhu la destine toutefois à un potentiel narratif important : elle incarne l’idée que, même si les cultistes et héros parviennent à contrer un plan immédiat, quelque chose d’encore plus patient et plus vaste attend dans les profondeurs. De ce point de vue, Cthylla est moins une créature que la métaphore vivante d’une horreur cosmique qui ne cesse jamais de se reproduire.
Conclusion – Cthylla, l’héritière endormie : la progéniture oubliée qui pourrait dévorer les étoiles

Cthylla, fille de Cthulhu, n’est pas une création directe de Lovecraft, mais elle s’inscrit avec cohérence dans le climat d’horreur cosmique qui irrigue toute son œuvre. En lui donnant une descendance, les auteurs post-lovecraftiens ont prolongé l’intuition fondamentale résumée par Lovecraft lorsqu’il écrivit : « Nous vivons sur une île de placide ignorance au milieu des noirs océans de l’infini. » Cette ignorance ne se limite plus à Cthulhu, mais s’étend à ce qui pourrait survivre après lui.
En définitive, Cthylla est l’image même de la continuité de l’indifférence cosmique : une entité qui n’a pas besoin d’apparaître souvent pour peser sur l’imaginaire du Mythe de Cthulhu. Sa forme de seiche tentaculaire, ses pouvoirs mal définis, son culte obscur et ses rares mentions nourrissent ce sentiment que d’autres horreurs, encore plus jeunes et patientes, se cachent derrière celles que nous croyons connaître. Si Cthulhu est le cauchemar qui se réveille, Cthylla est peut-être celui qui n’a pas encore commencé à rêver.
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Sources
H.P. Lovecraft – « L’Appel de Cthulhu », dans Le Mythe de Cthulhu, Éditions J’ai Lu
https://www.jailu.com/livres/le-mythe-de-cthulhu-9782290015607
H.P. Lovecraft – « Épouvante et surnaturel en littérature », Éditions Mnémos
https://www.mnemos.com/livre/epouvante-et-surnaturel-en-litterature
S.T. Joshi – H.P. Lovecraft: A Life, Necronomicon Press
https://www.hplhs.org/joeshi_bio.php
Daniel Harms – Encyclopedia Cthulhiana: A Guide to Lovecraftian Horror, Chaosium
https://www.chaosium.com/encyclopedia-cthulhiana
The H.P. Lovecraft Wiki (fandom) – Article « Cthylla »
https://lovecraft.fandom.com/wiki/Cthylla
The H.P. Lovecraft Archive – Textes, lettres et études critiques
https://www.hplovecraft.com


