Le Temple : résumé et fin de la nouvelle sous-marine

Un sous-marin partiellement recouvert de corail est posé sur le fond marin devant un temple en ruines avec une énorme tête sculptée encadrée de colonnes, deux plongeurs s'approchent de l'entrée éclairée.

Le Temple raconte, sous la forme d’un journal de bord, la dérive du sous-marin allemand U-29 vers une cité engloutie et un sanctuaire mystérieux. Après le torpillage d’un cargo britannique, le commandant Karl Heinrich von Altberg-Ehrenstein voit son équipage se désagréger, puis découvre au fond de l’océan un temple lié à une tête d’ivoire trouvée sur un mort. Attention, spoilers : la nouvelle s’achève lorsque le commandant quitte le sous-marin pour entrer dans le temple, sans révéler ce qui lui arrive ensuite. Cette fin ouverte prend tout son sens à la lumière de son témoignage et de son idéologie.

Publié dans Weird Tales en septembre 1925, Le Temple adopte la forme d’un manuscrit retrouvé : le journal que le commandant Karl Heinrich, comte von Altberg-Ehrenstein, dit avoir rédigé à bord du sous-marin U-29. Son récit conduit d’une opération militaire à une plongée vers une ville ancienne, puis à la décision d’entrer dans un sanctuaire sous-marin. La narration ne tranche pas entre phénomène surnaturel et perception altérée. Elle donne toutefois au lecteur de solides raisons de se méfier de l’homme qui tient la plume.

Le journal commence par un naufrage provoqué

Le commandant ouvre son manuscrit le 20 août 1917, alors que le U-29 est immobilisé au fond de l’Atlantique. Il explique vouloir faire connaître des événements qu’il ne pense pas survivre à raconter lui-même. Pour comprendre sa situation, il remonte au 18 juin : le sous-marin a torpillé le cargo britannique Victory, qui faisait route de New York vers Liverpool. L’équipage du navire a été autorisé à embarquer dans des canots, mais le commandant précise ensuite que les marins allemands ont coulé ces embarcations à coups de canon. Il présente pourtant l’attaque comme un acte de guerre légitime et se dépeint en défenseur de l’Allemagne.

Après l’attaque, les sous-mariniers trouvent sur le pont le corps d’un jeune homme, identifié comme membre du Victory. Dans la poche du mort se trouve une petite tête d’ivoire couronnée de laurier. Le lieutenant Klenze la garde, malgré les protestations d’une partie de l’équipage. Au moment où le corps est jeté à la mer, plusieurs marins croient voir ses yeux s’ouvrir et le maître d’équipage Müller affirme que le cadavre nage vers le sud. Le commandant balaie ces réactions comme de la superstition. Mais la direction du mouvement supposé annonce déjà celle que prendra le sous-marin, bientôt accompagné par des dauphins et entraîné vers les profondeurs.

De l’équipage inquiet au U-29 sans contrôle

Les jours suivants, certains hommes tombent malades et font des rêves troublants. Le maître d’équipage Müller affirme voir des morts passer devant les hublots et reconnaît parmi eux les victimes des opérations allemandes. Il désigne le jeune marin noyé comme leur chef. Plutôt que d’enquêter, le commandant le fait mettre aux fers et fouetter ; lui et Klenze refusent aussi de jeter la tête d’ivoire à la mer. Le 20 juin, deux marins deviennent violents et délirent au sujet d’une malédiction. Le commandant évoque des mesures drastiques sans les détailler. Müller et un autre marin, Zimmer, disparaissent ensuite. Il conclut qu’ils se sont suicidés, tout en admettant que personne n’a assisté à leur départ.

Le sous-marin manque le paquebot Dacia qu’il devait intercepter. Le 28 juin, une explosion dans la salle des machines tue deux mécaniciens et détruit le moteur. Privé de propulsion et de capacité à diriger sa route, le U-29 dérive vers le sud. Les communications radio ne fonctionnent plus et les instruments sont endommagés. Quand le sous-marin aperçoit un navire de guerre sous pavillon américain, le commandant refuse la reddition ; un marin qui l’encourage à se rendre est abattu. Le 4 juillet, les six hommes encore présents se mutinent. Le commandant affirme les tuer tous, puis faire sortir leurs corps du sous-marin.

À partir de là, seuls le commandant et Klenze restent à bord. Leur isolement donne au récit une logique d’enfermement : les ressources s’épuisent, les instruments ne permettent plus de mesurer précisément la profondeur et les deux hommes ne peuvent que conjecturer sur leur dérive. Le commandant continue cependant à présenter ses décisions comme nécessaires. Il traite les marins de brutes et de lâches, tandis qu’il réserve à sa propre volonté une admiration constante. Cette différence entre les actes qu’il rapporte et la justification qu’il leur donne devient essentielle pour lire le journal.

Klenze cède avant le commandant

Le 9 août, les deux officiers aperçoivent le fond marin. Ils distinguent des débris, puis une cité en ruines dans une vallée sous-marine. Le sous-marin finit par se poser sur une place pavée, près d’un grand temple taillé dans la roche. Le commandant décrit une architecture monumentale et des sculptures figurant notamment des processions liées à un dieu radiant. Il voit dans ces ruines la preuve d’une civilisation très ancienne. Klenze, lui, réagit avec crainte et se montre davantage sensible à l’âge et au mystère du lieu.

Le 12 août, Klenze crie que le dieu l’appelle et tente d’entraîner le commandant vers le pont pour sortir dans l’eau. Le commandant comprend qu’il souhaite sortir du sous-marin et le laisser partir seul. Il choisit délibérément d’actionner les mécanismes qui rendent cette sortie possible, sachant que Klenze ne pourra survivre sans protection dans l’océan. Il prétend agir pour se débarrasser d’un compagnon devenu dangereux. La scène n’établit pas que Klenze ait raison sur l’existence d’un appel surnaturel ; elle établit, en revanche, que le commandant transforme la détresse de son compagnon en occasion de l’éliminer.

Après la disparition de Klenze, le commandant remarque que la tête du dieu sculptée sur le temple ressemble à la tête d’ivoire. Il reconnaît cette correspondance, mais refuse de relier les événements : pour lui, les rapprocher serait céder à une explication irrationnelle. Pourtant, son propre récit associe déjà l’objet, le marin mort, les disparitions, les dauphins et la progression vers la cité. Le lecteur peut percevoir un motif cohérent là où le narrateur s’obstine à ne voir que des coïncidences.

La fin du Temple : une entrée, pas un épilogue

Le commandant sort en scaphandre le 16 août et explore les rues de la ville. Il envisage de visiter le temple le lendemain, mais découvre que les matériaux nécessaires pour recharger la lampe portative ont été détruits lors de la mutinerie. Il ne peut donc pas explorer l’intérieur dans de bonnes conditions. Il s’approche de l’entrée et tente de regarder à l’intérieur, sans rien distinguer. Pour la première fois, il admet éprouver de la peur.

Dans l’obscurité qui suit, il finit par remarquer que la figure du dieu sculptée sur le temple est identique à celle de l’objet d’ivoire. Puis il rapporte une lueur dans l’eau et un chant qu’il croit entendre à travers la coque. Il avertit alors le lecteur que les événements qui suivent ne doivent pas être acceptés comme une vérité objective : ils pourraient être les créations subjectives d’un esprit épuisé. Cette mise en garde ne résout pas le mystère. Elle rend au contraire impossible de séparer nettement ce qui relève d’un phénomène extérieur, de la fatigue, de la peur ou d’une hallucination.

La fin est précise sur la décision du commandant, mais silencieuse sur son issue. Convaincu qu’une force le pousse à entrer dans le sanctuaire, il prépare son scaphandre, écrit son récit et le scelle dans une bouteille. Il quitte ensuite le U-29 et monte les marches du temple. Le texte ne montre ni son entrée complète, ni sa mort, ni ce qu’il découvre à l’intérieur. Il n’y a pas d’épilogue confirmant une malédiction ou une divinité : le récit s’interrompt au seuil du temple. Le dernier geste prolonge ainsi l’incertitude au lieu de la dissiper.

Un témoignage fragilisé par son narrateur

Le journal ne devient pas peu fiable seulement parce que son auteur perçoit des phénomènes étranges. Le commandant reconnaît lui-même son état nerveux et l’épuisement de son esprit, prend un sédatif, manque de sommeil et affirme qu’il a pu halluciner. Mais le doute porte aussi sur ses interprétations des faits ordinaires. Il présente la disparition de Müller et de Zimmer comme un suicide sans l’avoir observée ; il justifie le meurtre des marins par la nécessité et traite les remords de Klenze comme une faiblesse. Il est donc possible de tenir compte de ses indications chronologiques tout en questionnant les conclusions qu’il impose à ces événements.

Son idéologie renforce cette méfiance. Il célèbre la soumission à l’État allemand, décrit la guerre comme juste pour son camp et déshumanise les Britanniques comme ses propres marins. Même après avoir raconté le torpillage du cargo et la destruction des canots, il se présente comme victime d’un conflit injustement dirigé contre l’Allemagne. Il réduit aussi Klenze à son origine rhénane et à son statut social lorsqu’il veut expliquer son comportement. Le commandant ne raconte donc pas depuis une position neutre : sa vision du monde lui permet de considérer la violence comme honorable lorsqu’il l’exerce et la compassion comme une faute lorsqu’elle le dérange.

Cette contradiction éclaire le fantastique de la nouvelle. Le temple et l’image d’ivoire peuvent être lus comme les signes d’une présence ancienne qui attire les hommes vers elle. Ils peuvent aussi se confondre avec les effets d’une dérive interminable, de l’isolement et de l’épuisement. Mais le doute n’efface pas la responsabilité du narrateur : avant même ses visions, il a tué des marins et condamné Klenze à une sortie mortelle. La cité engloutie ne crée pas sa cruauté ; elle met à l’épreuve le récit qu’il construit pour la justifier. En s’achevant sur son entrée annoncée, Le Temple laisse le lecteur face à deux inconnues inséparables : ce qui attend le commandant dans le sanctuaire et la part de vérité que son journal a toujours été capable de transmettre.