
Brown Jenkin est le familier de Keziah Mason dans The Dreams in the Witch House, nouvelle de H. P. Lovecraft publiée en 1933. Petit et velu, il mêle des traits de rat à un visage et des pattes d’apparence humaine. D’abord présent dans les rumeurs d’Arkham, il accompagne Keziah dans les rêves de Walter Gilman et devient une menace qui semble laisser des traces jusque dans le monde éveillé. Le récit le montre en action sans expliquer entièrement sa nature. Attention, cet article révèle la fin de la nouvelle.
Une créature née des rumeurs d’Arkham
Brown Jenkin apparaît dans The Dreams in the Witch House, récit de H. P. Lovecraft publié pour la première fois dans le numéro de juillet 1933 de Weird Tales. Sa présence est liée à Keziah Mason, une vieille femme accusée de sorcellerie à Salem en 1692, puis à Walter Gilman, étudiant qui s’installe dans l’ancienne maison de la sorcière à Arkham. Le récit ne lui donne pas d’origine autonome : il le fait d’abord exister dans les témoignages, les racontars et les perceptions de Gilman.
Les premières histoires rapportées à l’étudiant associent Brown Jenkin à la fuite inexpliquée de Keziah de la prison de Salem. Le gardien, devenu fou, aurait parlé d’une petite chose velue aux crocs blancs sortie de la cellule. Selon le récit, onze personnes avaient témoigné l’avoir aperçue. Plus tard, des habitants d’Arkham continuent d’évoquer un animal qui rôde dans la vieille maison et ses environs. Lovecraft présente ces récits comme des témoignages et des rumeurs qui nourrissent la fascination de Gilman pour Keziah.
Le surnom « Brown Jenkin » donne à cette présence un caractère presque familier, au sens domestique et folklorique du mot. Les récits en font le messager de Keziah et du diable, et disent que la sorcière le nourrit de son sang, qu’il sucerait comme un vampire. Le mot « familier » résume donc son lien avec Keziah et sa fonction supposée dans les histoires d’Arkham ; il ne désigne pas une espèce clairement définie. Le lecteur découvre surtout la créature à travers ce qu’on raconte d’elle, puis à travers les rêves de Gilman.
Un corps impossible, entre rat et visage humain
La première impression est celle d’un petit rongeur : Brown Jenkin aurait la taille d’un gros rat, avec un corps couvert de longs poils et des dents aiguës. Mais cette ressemblance se dérègle dès que les témoins détaillent son apparence. Son visage serait barbu et étrangement humain ; ses pattes, de minuscules mains. Lovecraft compose ainsi une figure hybride dont les traits familiers deviennent inquiétants par leur assemblage.
Dans les rêves de Gilman, cette apparence prend une netteté répugnante : le jeune homme voit un visage humain barbu et des crocs jaunâtres. Au réveil, il tente pourtant de ramener ses visions à des causes ordinaires, comme la fièvre, le sommeil troublé ou les rats qui grattent dans les cloisons. Cette hésitation donne à la créature une présence singulière : elle est vivement décrite, mais demeure associée à un esprit dont les perceptions sont altérées.
Brown Jenkin possède aussi une voix. Les récits le disent capable de parler toutes les langues, et Gilman se rappelle l’avoir entendu prononcer des noms dans ses rêves. Cette aptitude renforce le contraste entre sa petite taille et son rôle. Il n’est pas seulement une bête qui accompagne la sorcière : il transmet des messages et intervient dans des scènes où la parole et les signes orientent l’action. Lovecraft le caractérise surtout par ses gestes, son rire aigu et les réactions de peur qu’il suscite, plutôt que par un récit de ses intentions.
Le familier accompagne Keziah
La relation entre Brown Jenkin et Keziah se construit d’abord à travers les histoires racontées à Gilman. L’animal ferait le lien entre la sorcière et le diable, et les rumeurs le disent nourri de son sang. Dans les visions de l’étudiant, il apparaît à ses côtés lors de déplacements impossibles et semble agir de concert avec elle. Une scène le montre indiquant une direction de sa patte, tandis que Keziah donne elle aussi un signe à Gilman. Le jeune homme suit ces indications sans comprendre pleinement ce qui le pousse à avancer.
Brown Jenkin n’est pas pour autant dépeint comme un simple instrument. Dans un autre rêve, il se frotte autour des chevilles de l’homme vêtu de noir, avec une attitude décrite comme joueuse et presque affectueuse. Le détail trouble la scène : le familier manifeste une forme de familiarité envers cette figure, tandis que Gilman est saisi par la peur et entraîné dans un rituel dont il ne maîtrise pas les règles. Cette proximité donne à Brown Jenkin une présence propre, au-delà de son rôle de messager de Keziah.
Lors de la crise finale, Gilman reconnaît dans le visage de la créature une ressemblance frappante et moqueuse avec Keziah. Ce rapprochement visuel renforce leur association et donne à Brown Jenkin l’allure d’un écho grotesque de la sorcière. Le récit ne dit pas qu’il serait sa transformation ou une partie d’elle : il fait de cette ressemblance un signe de plus dans l’horreur qui entoure le jeune homme.
Walter Gilman, entre rêve et traces physiques
Brown Jenkin prend part aux épisodes oniriques qui accablent Gilman, tandis que la nouvelle brouille la frontière entre ces visions et la veille. Dans une scène, la créature mord le jeune homme au poignet. À son réveil, Gilman ressent une douleur et voit du sang séché sur sa manche. Il suppose d’abord que des rats l’ont mordu pendant son sommeil. Cette explication paraît possible dans une maison où les rongeurs circulent, mais elle n’efface pas l’image de Brown Jenkin qui vient de l’effrayer.
Dans un autre rêve, Keziah confie à Gilman un enfant inconscient et le pousse à le porter. L’étudiant rompt alors le cours de la vision et s’enfuit avec l’enfant. Cet épisode renforce la menace qui pèse sur lui, sans établir un rôle de Brown Jenkin dans cette scène. La distinction compte : la créature accompagne fréquemment Keziah, mais Lovecraft ne lui attribue pas chaque action de la sorcière.
La confrontation se resserre lorsque Gilman voit le visage de Brown Jenkin dans un trou de rat près de son couchage. Il reconnaît alors la ressemblance avec Keziah et se sent incapable de se défendre. Peu après, Gilman meurt. Les témoins voient une grande forme semblable à un rat s’échapper de sous les couvertures et filer vers une ouverture ; le corps du jeune homme porte une blessure terrible, décrite comme un tunnel creusé jusqu’au cœur. La nouvelle ne présente pas ces éléments comme une explication simple de la mort : elle les entoure de peur, de témoignages et d’indices que les personnages ne parviennent pas à interpréter de la même manière.
Une fin qui laisse subsister le mystère
Après la mort de Gilman, aucune nouvelle apparition de Keziah ou de Brown Jenkin n’est rapportée. La maison reste pourtant chargée de signes inquiétants. Lorsqu’elle est démolie, des ouvriers découvrent des restes et des objets dans les espaces fermés de l’ancienne mansarde. Parmi les trouvailles figure le squelette d’un grand rat malade, dont les anomalies troublent les spécialistes. Les ouvriers parlent aussi de longs poils brunâtres et de petites pattes aux caractéristiques préhensiles ; sous certains angles, le crâne leur paraît une caricature dégradée d’un visage humain.
Cette découverte fait écho aux récits et aux rêves de Gilman, sans transformer Brown Jenkin en créature entièrement expliquée. Les descriptions du squelette rappellent celles du familier, mais la conclusion conserve des témoignages et des interprétations qui ne concordent pas parfaitement. Elle rend difficile de réduire la créature à une simple hallucination, sans établir son origine ni les règles de son existence.
Brown Jenkin demeure ainsi l’une des figures marquantes de La Maison de la Sorcière par l’association d’un rôle clairement dessiné et d’une apparence dérangeante. Lovecraft le présente comme le familier de Keziah, un messager lié à ses activités et une présence prédatrice autour de Gilman. Son corps hybride donne une forme concrète à l’horreur du récit ; sa ressemblance avec Keziah et les indices découverts après la mort de l’étudiant prolongent cette inquiétude. Ces éléments appartiennent à la nouvelle de Lovecraft et ne suffisent pas à fixer une origine ou des pouvoirs valables pour les continuations et adaptations ultérieures.



